You’re viewing a version of this story optimized for slow connections. To see the full story click here.

URBA-PAYSANNES AU BÉNIN

Story by Helvetas Suisse March 21st, 2017

Un reportage de Katrin Hafner (texte) et Flurina Rothenberger (photos)

Chaque lundi, Sylvie Sedagondji et Ulriche Hontonnou quittent leurs appartements en ville, pour aller cultiver des légumes bio non loin de la côte. Car même au Bénin, les citadins sont toujours plus nombreux à vouloir des produits sains.

CULTURE DE LÉGUMES À SÈMÈ-KPODJI

Sylvie n’est plus malade. Elle est certes parfois fatiguée lorsqu’elle se réveille avant six heures du matin dans sa case en pisé. Mais ses maux ont disparu. Un lézard coloré grand comme la main grimpe sur la façade extérieure. On entend le bruissement des cocotiers et le murmure de la mer au loin. La chaleur va vite devenir étouffante. Un nouveau jour se lève sur le potager de légumes près de Sèmè-Kpodji, sur la côte du Bénin, petit pays d’Afrique de l’Ouest. La case de la parcelle de Sylvie Sedagondji est construite sur un sol sablonneux. Des champs s’étendent à perte de vue aux alentours, d’autres minuscules habitations y sont construites. Le ciel tropical gris-bleuté est en suspension au-dessus du sol.

Aux portes de la ville: Sylvie travaille toute la semaine sur sa plantation.

Presque 90% des quelque dix millions d’habitants du pays dépendent de l’agriculture, plus ou moins directement. Le secteur agricole est principalement composé de petites exploitations. Comme Sylvie, environ 300 petits paysans cultivent des fruits et légumes près de Sèmè-Kpodji – pour leur propre alimentation et pour la vente.


La surface arable de Sylvie couvre un quart d’hectare. Elle a «un peu de tout»: choux, carottes, salades. Elle enfile ses tongs et se dirige vers le puits, lance le moteur diesel qui pompe l’eau à neuf mètres de profondeur et tire derrière elle un tuyau d’arrosage jaune pâle sur le sol sablonneux. Elle arrose plusieurs fois chaque jour, jusqu’à trois heures en tout.


La sécheresse est son plus grand ennemi.
Engagement total: Sylvie lance le moteur diesel pour actionner la pompe à eau et arroser ses cultures.
RS631_2016-Rothenberger-8475.jpg

MALADE À CAUSE D’ENGRAIS CHIMIQUES

Sylvie, 39 ans, a connu des temps difficiles. Voilà six ans, elle s’est mise à cultiver des légumes ici pour nourrir ses deux enfants, son époux – couturier – et elle-même. Elle est tombée gravement malade à cause des Produits chimiques qu’elle utilisait. Le médecin lui a fait part d’un mauvais pronostic si elle n’évitait pas immédiatement le contact avec ces pesticides et engrais toxiques à travers sa peau et sa respiration.

En lien avec le projet d’agriculture bio de l’organisation partenaire d’Helvetas «Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne», elle a entendu parler des avantages apportés par la culture bio de légumes et de fruits. Elle a alors appris comment cultiver ses produits sans engrais et herbicides chimiques, et comment les vendre à des prix justes à la clientèle sur le marché local.


«Depuis que je produis des légumes bio, j’ai retrouvé ma bonne santé»,

déclare Sylvie en déplaçant le tuyau pour arroser d’autres plantes.

Elle ne voit sa famille que les fins de semaine: faire le voyage du champ jusqu’à la maison chaque jour serait trop long chaque jour car elle habite Cotonou. Durant la semaine, elle travaille dans la plantation loin de ses enfants et elle dort dans sa case.

Sylvie dort dans une case semblable durant la semaine.

Sylvie Sedagondji fait partie des 110 paysannes ou paysans, pour la plupart citadins comme elle, qui cultivent ici des légumes et se sont mis à la culture bio. Les producteurs n’utilisant plus de substances toxiques, ils préservent leur santé ainsi que le sol qu’ils cultivent. Le compost qu’ils préparent eux-mêmes par leurs soins sert d’engrais bio.

Et surtout les paysannes et paysans profitent d’une garantie d’achat: une fois par semaine, un transporteur arrive tôt le matin sur les champs pour emmener les fruits et légumes, dont ils n’ont pas besoin pour eux-mêmes, dans la métropole économique Cotonou. La marchandise y est vendue dans cinq magasins bio et ou alors partagée et livrée dans des paniers précommandés. Les clientes et clients achètent au préalable un abonnement bio pour recevoir chaque semaine une quantité fixée de produits choisis. Cela garantit un revenu aux familles paysannes.

Le certificat bio local introduit en 2014 a aidé à faire comprendre aux acheteurs potentiels combien manger des produits agricoles bio était important. Depuis lors, le certificat vaut comme label national.

Carole Midahuen, responsable marketing de l’organisation partenaire «Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne».
À peine récoltés: du tchayo, un légume-feuille, et des gousses de moringa du potager d’Ulriche.

ULRICHE, COMME SUR UN PODIUM

Il est midi, la chaleur est accablante. À quelques pas de la plantation de Sylvie, Ulriche Hontonnou est assise sur un vieux siège de voiture, à l’ombre de son papayer. Elle mange des haricots accompagnés d’oignons et de farine de manioc, un repas qu’elle a préparé sur un feu de bois. Sur une paroi de sa case en tôle ondulée sont accrochées une horloge murale et une affiche avec des mots en anglais: «toe», «chest», «shoulder». «Comme ça, mon plus jeune fils peut apprendre un peu d’anglais quand il vient m’aider sur le champ», explique la paysanne.

Elle et ses enfants vont bien aujourd’hui: la vente des produits bio lui procuce un revenu régulier. Un de ses fils va même à l’école secondaire. Pieds nus et munie d’un arrosoir, Ulriche marche sur un sentier étroit en longeant ses cultures de concombres, canne à sucre, amarante – son produit préféré – salades et fenouils. En souriant, elle arrose les jeunes pousses à droite et à gauche, comme si elle avançait fièrement sur un podium.

Ulriche a accroché l’affiche de mots anglais pour son fils, qui l’aide parfois à cultiver son jardin-potager.
Ulriche aime son jardin et ses légumes. Et c’est une battante.

Elle a cinq enfants qu’elle élève seule depuis seize années. Avant d’avoir bénéficié de la formation de maraîchère pendant 14 mois, elle vendait, comme tant d’autres, des bouteilles en verre remplies d’essence en bordure de route à Cotonou. Désormais, elle part en bus tôt le matin depuis son quartier jusqu’en ville, un trajet de plus d’une heure, et rentre chez elle après le coucher du soleil.

Elle aussi cultive un quart d’hectare – manuellement et avec une forte motivation. Le week-end, ses enfants et son frère l’aident. Un de ses fils aimerait lui aussi devenir paysan, travailler aux champs lui plaît beaucoup. «Et il voit que cela permet de gagner de l’argent», ajoute sa mère.


Petite pause à l’ombre du papayer: Ulriche espère que la demande pour ses produits bio va se poursuivre.

COMPOST DU MARCHÉ AU BÉTAIL

À côté de la case d’Ulriche, un sac ouvert déborde de compost brun comme du terreau. DCet engrais bio est le seul produit ajouté sur sa parcelle. Le système de production de compost, mis en place par Helvetas en 2013, fonctionne bien et simplement. Il se trouve à cinq minutes à pied de la plantation d’Ulriche: un sol en ciment abrité par un toit en paille. Devant cette construction s’étale en plein air un mélange de paille et d’excréments d’animaux.

Le responsable du compostage va chercher la matière organique à quelques centaines de mètres du marché au bétail à Sèmè. Il s’agit du lisier des bétaillères arrivant du Niger et du Burkina Faso, qui acheminent le bétail destiné à la vente vers la côte. Les poids lourds retournent s’en retournent ensuite vers le nord, chargés de poissons et d’autres marchandises du port de Cotonou. Le lisier est déjà légèrement décomposé après sa semaine de transport.

Le responsable du compost prépare cet engrais bio...
... pour qu‘il soit réparti sur les potagers.

Après deux mois à l’air libre, le responsable du compost fait passer la masse une première fois dans des broyeurs métalliques à compost: les gros morceaux restent dans la grille et leur décomposition se poursuit en plein air. La masse filtrée est tamisée une seconde fois et finalement mise dans de grands sacs. Chaque mois, une tonne d’engrais organique est produite ainsi, que les paysannes et paysans achètent à un prix modeste Ulriche recouvre les plants de tomates de feuilles de palmier. Elle envisage l’avenir avec optimisme.


«Je souhaite plus de publicité encore pour nos produits bio, pour que la vente continue sur sa belle lancée.»
RS592_2016-Rothenberger-8147.jpg

Cinq collègues de Sylvie sont assis à l’ombre devant sa hutte. Une libellule passe, dans un bruissement d’ailes, deux jeunes enfants de paysans voisins sommeillent à même le sol sur des couvertures. Sylvie arrose pour la dernière fois de la journée, la brise marine est maintenant plus fraîche. Encore quatre nuits et elle retrouvera ses enfants et son époux à Cotonou. Pour revenir ici deux jours plus tard, dans son potager de légumes bio. Elle sourit.


«C’est bon comme ça.»

Sylvie Sedagonji raconte son histoire dans une vidéo.

Sèmè-Kpodji, Ouémé, Benin
Faire un don