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La progression de la famille Shahi

Story by Helvetas Suisse October 24th, 2016

Quand des personnes mettent l’impulsion de l’aide au développement dans leur propre vie, un véritable changement se met en marche. L’histoire de la famille Shahi raconte le chemin parcouru vers l’autonomie. La grand-mère, Manpura Shahi, étant devenue veuve, a lutté pour l’avenir de sa famille en travaillant dans les champs. Son fils, Chakra Shahi, a pu assurer les moyens de subsistance de la famille après avoir suivi un cours d’Helvetas sur la santé animale. Le petit-fils, Govind Shahi, fait des études en médecine vétérinaire – les propres ressources de la famille le permettent.

Par Hanspeter Bundi (texte) et Simon B. Opladen (photos)

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LA GRAND-MÈRE, MANPURA SHAHI, 75 ANS

La nuit, il faisait nuit; et le jour aussi, il faisait nuit”. Manpura Shahi résume ainsi ce qu’il en était autrefois. Son mari était décédé et elle s’est retrouvée seule avec son fils Chakra, âgé de quatre ans. Elle habitait dans une maisonnette délabrée, ses beaux-parents la rejetaient et personne ne l’aidait dans le travail au champ.

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«Je ne savais ni lire ni écrire, mais j’étais forte. J’ai travaillé de mes mains et j’ai fait tout ce qu’il est possible de faire par soi-même.» Manpura Shahi, paysanne
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La vie que menait Manpura Shahi en marge de la société a changé il y a 17 ans, lorsqu’une organisation partenaire d’Helvetas a organisé un cours sur la production diversifiée de légumes dans le jardin potager. Manpura avait 59 ans. Dans la société népalaise, elle était considérée comme une vieille femme. Pourtant elle a voulu suivre le cours. “Ma mère ne savait ni lire ni écrire. Mais elle savait combien la formation est importante”, déclare son fils Chakra.

J’ai été la première à m’inscrire au cours sur le jardin potager. La première!“ Manpura est fière d’avoir eu la volonté de se dépasser. Les conséquences directes du cours étaient modestes, mais il a été le point de départ qui devait changer la vie de toute la famille. Manpura se souvient: „Pendant le cours, nous parlions aussi de la façon de travailler des uns et des autres. Vous êtes tous égaux, nous rassurait l’enseignant.”

LE FILS, CHAKRA SHAHI, 43 ANS

“Elle était heureuse. Avec le cours sur la production de légumes, elle avait trouvé une nouvelle tâche à accomplir et un nouvel espoir.” Chakra Shahi est conscient qu’en faisant ce pas courageux, sa mère a aussi changé sa vie. Lui aussi a rejoint ce cours, il a écrit des rapports, administré la petite caisse d’épargne et gagné ainsi la confiance des participantes et participants. En 1999, il a été choisi pour recevoir un cours de base sur la santé animale financé par Helvetas.

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«Helvetas a été une seconde mère pour moi. Sans cette organisation, je ne serais arrivé nulle part aujourd’hui.»
Chakra Shahi, propriétaire de magasin, vendeur de produits vétérinaires

Après un cours qui a duré 45 jours, Chakra est rentré avec son diplôme à Koldanda. Les responsables du cours lui avaient remis un prêt sans intérêt de 2500 roupies (environ 56 francs à cette époque), avec lequel il a pu acheter un stock de base de produits vétérinaires et de semences de légumes.

Koldanda est un hameau comptant 32 familles, situé dans la commune de Birpath, dans la région de montagnes appelée la province du “Far West” népalais. Il n’y a ici ni ressources dans le sous-sol ni tourisme. Mais la terre est fertile et les familles paysannes ont commencé à orienter leur production sur la demande du marché. Un élément important pour de meilleurs résultats est la formation agricole et à des métiers comme mécanicien ou forgeron, en lien avec l’agriculture.

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Chakra a été l’un des premiers à poursuivre une formation. Il a son propre magasin aujourd’hui à Koldanda. On y trouve non seulement des semences de légumes et des vermifuges et traitements vétérinaires, mais aussi du sel, des sucreries, des cahiers d’école, des crayons, des lames de rasoirs, des allumettes et des cigarettes. Son magasin proposant des produits pour les soins aux animaux est le seul dans un rayon de 10 kilomètres. Chakra est devenu un homme respecté et prospère, qui a participé au comité de l’école, à celui de l’agriculture et de l’eau, et a ainsi favorisé le développement dans son village.

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LE PETIT-FILS, GOVIND SHAHI, 17 ANS

“Mais l’école coûte plus de 100 000 roupies”, a répliqué Govind à sa famille, quand il a été question de sa formation. 900 francs. C’est beaucoup d’argent dans un pays où le revenu minimum dans le secteur agricole est d’environ deux francs par jour. Son père l’a tranquillisé: “Nous pouvons payer cela. Vas-y, inscris-toi.” La famille a réuni l’argent nécessaire pour lui permettre d’étudier. Elle considère que c’est un investissement pour l’avenir.

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«Ma place est ici. Nous produisons pour nous-mêmes et aussi pour la vente. Personne ne devra émigrer pour survivre.»
Govind Shahi, technicien en médecine vétérinaire

Quand Govind est parti à l’école secondaire de Guran à Bardiya pour suivre un cours d’une année ayant pour branches principales la médecine vétérinaire et la production agricole, sa grand-mère lui a fait la même recommandation qu’elle avait déjà donnée à son père: Étudie, sois poli et travaille dur. „Je l‘admire, confie Govind, elle a fait en sorte que mon père aille à l’école. C’est ce qui a changé la vie de notre famille.”

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La formation de Govind est plus complète que celle de son père. Il sait maintenant comment organiser une campagne de vaccination pour des animaux. Il sait où se procurer des vermifuges et comment les stocker. Quelle quantité de fourrage frais ou sec donner aux animaux. Comment tenir une comptabilité simple et établir des factures. Et il a aussi appris comment cultiver, outre les traditionnelles céréales et légumineuses, d’autres produits: pommes de terre, oignons, noix, racines de curcuma et tomates. Il fait la formation non seulement pour lui-même mais aussi pour le village, et il n’a jamais pensé sérieusement à le quitter.

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En visite à la maison, Govind montre à son père ce qu’il a appris sur les symptômes de maladies. Il explique ce que l’on peut déduire de la consistance des bouses de vache et comment palper correctement le cou ou les flancs de l’animal. Son père écoute attentivement. Peut-être parce qu’il apprend de nouvelles choses. Peut-être aussi simplement parce qu’il est fier des connaissances de son fils.

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La prospérité de la famille ne se voit pas au premier regard. Dans la maison comme dans le magasin, rien n’indique une réussite économique comme cela peut être le cas ailleurs. Pas de téléviseur, pas de moto, pas même un vélo.

«Les symboles habituels de statut social n’existent pas. Des familles comme les Shahi investissent dans la formation.»
Kirti Raj Pant, responsable de projets d’Helvetas dans cette région
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…LE SOUCI DES GRANDS-MèRES POUR LEURS PETITS-ENFANTS

Après une année de formation agricole, Govind est rentré dans sa famille. Sa grand-mère l’accueille par une caresse sur son visage et dit ce que toutes les grands-mères disent quand des petits-enfants reviennent d’un endroit éloigné: “Tu as maigri.“ Plus tard, pendant le repas, elle lui tend une grosse portion de riz au lait sucré qu’elle a préparé pour fêter son retour. Govind, d’abord réticent, finit par tout manger. Comme le font tous les petits-enfants du monde.

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Birpath, Far-Western Development Region, Nepal
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