You’re viewing a version of this story optimized for slow connections. To see the full story click here.

Daulima construit son avenir

Story by Helvetas Suisse April 19th, 2016

UN AN APRÈS LE TREMBLEMENT DE TERRE AU NÉPAL

Un reportage de Patrick Rohr (photos, vidéos et texte)

L’après-midi tire à sa fin à Marbu. Ce village au pied de l’Himalaya est plongé dans la chaude lumière du soleil printanier. Nous retrouvons Daulima Sherpa (40 ans) sur la petite place à côté de sa nouvelle maison. Elle est agenouillée sur une bâche en plastique et sépare la balle du millet séché. L’année écoulée a été très dure pour elle.

Mais elle va bientôt pouvoir emménager dans sa nouvelle maison. C’est la première construite à Marbu après le terrible séisme de l’année dernière.

1.jpg

Les 25 avril et 12 mai 2015, deux tremblements de terre ont détruit au total 750 000 maisons et tué plus de 8800 personnes au Népal. Le district de Dolakha, où se situe Marbu et ses neuf hameaux dispersés, a été particulièrement touché.

Marbu est situé au fond d’une vallée latérale isolée, à environ neuf heures de route de Katmandou.

Le premier séisme a causé relativement peu de dégâts à Marbu, car l’épicentre était assez éloigné. Mais environ trois semaines plus tard, après un second séisme presque aussi violent que le précédent, plus aucune maison n’était habitable à Marbu. En un instant, les 1900 habitants se sont retrouvés sans abri. Fort heureusement, personne n’a perdu la vie.

La maison de la famille de Daulima était située dans le haut du plus grand hameau. C’était celle des parents de son mari, Nim Tsiring. Celui-ci est décédé en janvier 2015, trois mois avant le premier séisme. On ne sait pas de quoi: il est simplement devenu de plus en plus faible avant de décéder soudainement, raconte Daulima. Depuis, elle doit s’occuper seule de ses quatre enfants et de sa belle-mère âgée de 92 ans.

«Mon mari me manque beaucoup. La vie sans lui est dure.»

Avec ses deux plus jeunes fils, Sukima, 13 ans, et Ando, 9 ans, Daulima nous conduit jusqu’aux ruines de sa maison. Déjà après le premier séisme, la maison n’était plus très sûre. Elle s’est effondrée lors du second.

2.jpg

Daulima retient ses larmes en arrivant devant les ruines de son ancienne maison.

C’était une maison traditionnelle en pierre à étages.

Daulima explique à quoi elle ressemblait avant d’être détruite par l’incroyable violence de la nature.

Le jour du terrible séisme, Daulima travaillait au champ. Elle possède trois vaches et une chèvre. Depuis qu’elle est veuve, elle aide parfois d’autres paysans du village pour un maigre salaire. C’est dans l’après-midi que la terre s’est soudain mise à trembler violemment. Daulima a vu les maisons s’effondrer.

«Je ne pensais qu’à une chose: où sont mes enfants?»

Sur le moment, Daulima était comme pétrifiée. Partout des gens criaient. Elle a couru à la recherche de ses enfants et a eu de la chance de les trouver à proximité. Avec ses fils, elle a remonté la pente escarpée jusqu’à sa maison – celle-ci s’était écroulée et le toit gisait par terre.

Elle est ensuite descendue jusqu’à la rue du village dans lequel sa famille possède un lopin de terre cultivé. Avant la tombée de la nuit, avec l’aide de ses fils et de voisins, elle y a construit un abri de fortune, où ses enfants, sa belle-mère et elle-même ont trouvé refuge.

«La terre a tremblé toute la nuit. Nous étions assis serrés les uns à côté des autres et nous avions très peur.»
3.jpg
À compter de ce jour, l’abri de fortune est devenu notre nouvelle maison.

Ce simple abri en bambou et nattes tressées sert aujourd’hui de cuisine et de salon à la famille, ainsi que de chambre à son fils cadet, Mingma (17 ans), et à sa belle-mère. Daulima dort avec ses deux plus jeunes fils un peu plus loin, sous une tente qu’elle a reçue quelques jours après le tremblement de terre. La nouvelle maison est à côté.

L'abri de fortune que Daulima a construit avec ses enfants le jour du premier séisme sert jusqu’à aujourd’hui aussi de cuisine à la famille
Sukima (à g.) et Ando font leurs devoirs sous la tente, sur le lit de leur mère.  Les garçons dorment sur une natte à même le sol.
Daulima stocke ses réserves sous la tente.
Ando sur le chemin de l'école.
«Au début, les enfants ne voulaient pas dormir sous la tente, mais nous n’avions pas le choix»

Daulima se réjouit que cette situation provisoire se termine bientôt.

Seul le crépi intérieur manque encore dans la nouvelle maison. Celle-ci comprend un étage et deux pièces, que Daulima va partager avec ses trois plus jeunes fils. Comme beaucoup de jeunes Népalais, l’aîné, Nima (20 ans), était déjà parti en Malaisie avant le séisme comme travailleur immigré. Quand il aura gagné assez d’argent pour lui, sa mère et ses frères, il aimerait revenir et construire une maison sur le terrain où se trouve celle de ses parents.

La nouvelle maison remplit Daulima de fierté et de joie.
8.jpg
Daulima a participé à la construction de sa nouvelle maison.

A la demande de la DDC et jusqu’à fin 2016, Helvetas forme à la construction antisismique 3000 personnes qui ont perdu leur maison dans le séisme. Dans le cadre d’un cours de 50 jours, composé à 80 % d’une formation pratique et à 20 % de théorie, les participants apprennent ce qui est important dans cette construction. 4000 nouvelles maisons à l’épreuve des séismes doivent être bâties d’ici fin 2018.

«Grâce à cette formation, je sais aujourd’hui quels matériaux utiliser pour la construction antisismique de maisons.»

Dans son village, Daulima a fait partie du premier groupe à recevoir une formation. Et sa maison est aussi la première à avoir été construite. La communauté villageoise a décidé qu’elle en avait le plus besoin en tant que veuve et mère. La maison a aussi servi de formation pratique aux participants au cours.

Grâce à cette formation, Daulima s’est non seulement attelée énergiquement à la construction de sa maison, mais elle aide aussi maintenant d’autres participants au cours à reconstruire la leur. Par ailleurs, les paysannes et paysans fraîchement formés sont employés par des personnes qui n’ont pas suivi le cours, ce qui leur permet de gagner un revenu complémentaire.

Durant la formation, Daulima a appris entre autres comment tailler les pierres.
Les ouvrières et ouvriers nouvellement formés aident les villageois à construire les maisons.

Pour que d’autres personnes encore puissent construire une maison antisismique :
merci de faire un don

ACQUÉRIR LES CONNAISSANCES ANTISISMIQUES NÉCESSAIRES

Mitra Tamang, 35 ans, a aussi, été formé par Helvetas à la construction antisismique de maisons. Père de deux enfants en bas âge, il a travaillé à l’étranger avant de revenir à Marbu peu avant le séisme. Il vivait de l’élevage de poules et de la culture maraîchère.

La maison de Mitra a été la deuxième à être reconstruite.
L’ingénieur Rajendra Panti (à dr.), un formateur d’Helvetas, montre à Mitra comment construire un mur résistant.

Grâce à cette formation, Mitra a trouvé une nouvelle vocation. Alors qu’il n’a été que 5 ans à l’école et n’a jamais appris un métier, il gagne aujourd’hui sa vie comme ouvrier du bâtiment.

«Je suis très heureux d’avoir la possibilité de travailler comme ouvrier grâce à la formation à la construction antisismique.»

La maison de Mitra est aussi bientôt prête. À l’instar de Daulima, il se réjouit que son logement dans un abri de fortune prenne fin. Mais ce qui le rend encore plus heureux, c’est que lui et sa famille puissent dormir tranquilles dans une maison résistante aux séismes. Sur le terrain situé devant la construction, il explique les différences d’avec son ancienne maison qui a été complètement détruite.

Mitra et sa famille devant la nouvelle maison.
Les ruines de l’ancienne maison de Mitra.
Divers éléments sont nécessaires pour qu’une maison locale en pierre soit antisismique.

Le formateur de Mitra, Rajendra Panti, 28 ans (à gauche sur la photo), et son collègue Bishnu Bishwokarma, 22 ans, utilisent la maison de Daulima pour décrire ce qui est important. Les lattes horizontales en bois à l’intérieur et à l’extérieur sont essentielles. Elles sont entrecroisées et posées sur quatre niveaux, des fondations aux murs.

Les doubles cadres des portes et des fenêtres assurent plus de maintien.

Pour les angles de la maison, les pierres sont taillées en rectangles stables, et elles sont plus larges et plus longues que les pierres utilisées pour les murs épais d’environ cinquante centimètres. Comme les murs porteurs apportent plus de sécurité, plusieurs pièces sont construites et séparées par de solides cloisons. Et comme un toit lourd en pierre peut causer de gros dégâts, un toit léger en bois et en tôle est privilégié. Finalement, de solides piliers verticaux à chaque coin de la maison et sur les parois apportent une stabilité supplémentaire.

Les deux formateurs, Rajendra Panti (à g.) et  Bishnu Bishwokarma, discutent de la latte en bois et des pierres angulaires.
La latte en bois a la largeur du mur. Elle est taillée en diagonale.
En cas de séisme, le toit léger en bois et en tôle cause moins de dégâts qu’un toit en pierre.
Plusieurs petites pièces et des cadres doubles des portes et fenêtres rendent la maison plus stable.

Après une année difficile et un hiver rigoureux, la population de Marbu reprend courage. Daulima aussi, qui a perdu son mari et tous ses biens l’année dernière, peut espérer un avenir meilleur.

18.jpg

Petit à petit, toute la population de Marbu va de nouveau avoir un toit. Qui pourra résister à de forts séismes.

***

Abonnez-vous à nos reportages multimédias et vous serez informés par mail des reportages actuels.

Pour s’abonner, rien de plus facile: inscrivez votre adresse mail dans le champ ci-dessous! Dans une semaine, nous vous dirons comment la communauté villageoise du district de Sindhupalchok, également frappée par le séisme, a repris de nouvelles forces.

19.jpg
Footnote: Coopération: Susanne Strässle et Astrid Rana
Marbu, Nepal
Soutenir la construction des maisons